55 ans des forces aériennes stratégiques

Le 4 octobre, pour les 55 ans des forces aériennes stratégiques, Jean-Charles Larsonneur est intervenu à une table ronde sur la BA 113 de Saint-Dizier ayant pour sujet « Bilan et perspectives de la composante nucléaire aéroportée » animée par Olivier Zajec (chercheur à l’Université de Lyon III), et avec la participation de Mme Alice Guitton, déléguée générale aux relations internationales et stratégiques (DGRIS), du Général 2ème section Philippe Steininger, ancien commandant des FAS, de M. Emmanuel Cocher du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes et du Général de Division aérienne Frédéric Parisot, sous-chef préparation de l’avenir de l’Etat-major de l’Armée de l’air.



Texte de l'intervention de Jean-Charles Larsonneur


Mesdames et Messieurs les officiers généraux,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,


C’est un réel plaisir d’être de retour sur la base aérienne de Saint-Dizier où le Colonel Bruno Paupy m’a accueilli l’an dernier. L’armée de l’air démontre tous les jours sa capacité à assurer la permanence de la dissuasion nucléaire et la protection de notre espace aérien [Poker, Excalibur]. Des opérations comme Hamilton attestent aussi de vos capacités à déployer des moyens importants loin de la métropole. Pour cela, je souhaite vous exprimer à tous, militaires comme civils, le respect et le soutien de la Représentation nationale.


Je crois que la réflexion sur notre stratégie de défense est saine. En démocratie, la pédagogie et le débat sont nécessaires. Nous devons expliquer la dissuasion à nos concitoyens. Et vous l’avez rappelé devant la commission de la défense, général [Maigret], « la dissuasion n’est pas qu’une affaire de spécialistes ». C’est donc pour moi un plaisir de partager avec vous quelques observations.


Avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez-moi d’évoquer la mémoire de Jacques Chirac. Notre défense lui doit beaucoup, et pas seulement la professionnalisation des armées. Sa présidence a profondément modernisé notre dissuasion en supprimant la composante terrestre, et en autorisant la reprise des essais nucléaires, qui ont permis la transition vers la simulation. De façon plus anecdotique, il a eu aussi le privilège d’être embarqué sur Jaguar avec la 7ème escadre, ici même il y a 44 ans. La coopération franco-britannique avait alors donné naissance à un des plus beaux appareils de l’armée de l’air… Mais c’est du futur des forces aériennes stratégiques dont il est question aujourd’hui !


Comme la plupart d’entre vous, je n’ai pas connu la guerre sur le territoire national mais je reste lucide face au risque de prolifération, au réarmement des grandes puissances. Des Etats investissent dans des capacités de pointe qui sont de nature à fragiliser les équilibres géostratégiques. Le multilatéralisme et les traités de désarmement sont dénoncés. Les arsenaux évoluent et on craint l’abaissement du seuil d’emploi de l’arme nucléaire.

En tout état de cause, la réapparition d’un conflit de haute intensité n’est pas à exclure. Une menace sur nos intérêts vitaux non plus.


Pour paraphraser le général de Gaulle, « l’indépendance n’exige pas une puissance illimitée, elle exige […] un pouvoir ferme, une défense nationale autonome… ». [The great equalizer]. De cette défense nationale autonome, vous êtes les garants.

Le temps de la dissuasion n’est pas révolu. Elle n’a même jamais été aussi légitime vis-à-vis de nos alliances ou au regard des menaces potentielles !

Depuis Gerboise bleue, le consensus politique français autour de la dissuasion ne s’est pas étiolé malgré le renouvellement des générations. Depuis lors, tous les gouvernements qui se sont succédés ont poursuivi un but commun : celui de l’autonomie stratégique. La loi de programmation militaire promulguée l’an dernier ne déroge pas à cette règle. Elle prévoit le renouvellement des deux composantes de la dissuasion. Et pour la composante aéroportée, le passage à un porteur unique, déjà effectif, et la rénovation à mi-vie du missile air-sol moyenne portée amélioré.


Au plan budgétaire, de 2019 à 2023, 25 milliards d’euros sont fléchés vers la dissuasion stricto sensu [excluant les équipements à vocation duale]. En 2020, les crédits budgétaires affectés à la dissuasion représentent 13 % des 37,6 milliards d’euros dévolus à la défense. Le budget de la dissuasion va donc augmenter progressivement. La crainte d’un effet d’éviction sur les forces conventionnelles existe parfois dans les armées mais je tiens à rappeler qu’au fil des années, la part du nucléaire militaire s’est considérablement réduite. Pensez qu’en 1966, la part d'investissements du ministère des armées consacrée aux forces nucléaires était de 50 %.


La sécurité de notre pays et son indépendance ont un coût. 10 % de notre effort de défense, c'est le prix nécessaire et suffisant pour doter notre pays d'une assurance de sécurité qui soit crédible et pérenne. D’autant plus que ces crédits portent sur des techniques de pointe et soutiennent massivement l'effort de recherche scientifique, technologique et industriel de notre pays.


Voilà, ce que je voulais dire sur les fondements même de notre politique de dissuasion. J’en viens maintenant au volet capacitaire.


Premièrement, avec l’ASMPA et le Rafale, nos forces aériennes stratégiques ont des outils éprouvés. Le déploiement du MRTT offre des perspectives intéressantes.


Comme je l’ai dit, l’ASMPA sera bientôt équipé d’une nouvelle tête nucléaire, avant son remplacement à l’horizon 2035 par l’ASN4G. Sa vitesse et sa manœuvrabilité seront déterminantes pour les capacités de pénétration du futur missile. Les études menées par les équipes de l’ONERA, de MBDA et de la DGA ont permis des avancées technologiques concernant la protection thermique et la simulation des chambres de combustion des missiles. Elles confèrent un avantage technologique à la France dans le domaine de l’hypervélocité. L’an dernier, le PEA Deucalion a été notifié et cette année un nouveau data center accueillant un calculateur à haute performance a été inauguré chez MBDA au Plessis Robinson. Cet équipement sera utilisé pour le développement de la propulsion par superstatoréacteur du missile.


L’année 2021 marquera un point de passage, avec le choix de l’avion porteur du missile : Rafale, Rafale +, Next Generation Fighter… Ce qui nous amène naturellement au SCAF…

Le calendrier est assez serré. Les crédits prévus dans le projet de loi de finances 2020 (1,4 milliard d’euros en autorisations d’engagement) couvrent le lancement des premières activités de développement du programme de démonstration. Un démonstrateur doit voler dès 2026.


Un mot sur le Rafale qui présente encore des perspectives d’évolution intéressante et pour lequel nous avons adopté une démarche incrémentale. En début d’année, la ministre a notifié à Dassault le contrat concernant le standard F4. Le développement se déroule bien, la version 4.1 notamment sera notifiée fin 2022. La connectivité améliorée, les A2SM de 1000 kg, les MICA NG, le viseur de casque … Tout ceci concourt à faire de ce standard la première brique du SCAF.


Autre programme phare de cette nouvelle LPM, le MRTT. Il se déroule « on time, on cost, on quality » selon Airbus. Nous sommes convenus avec le gouvernement d’accélérer le calendrier de livraison des douze premiers MRTT pour une livraison du douzième avion prévue en 2023, et d’augmenter la cible à 15 en 2030. C’est une première étape mais on ne peut pas raisonnablement prolonger les C 135 des FAS datant de 1964 jusqu’en 2025. Une réflexion est donc engagée, soit pour accélérer le programme soit, pour trouver une solution intérimaire.


Voilà en quelques mots, quelques pistes de réflexions. J’ai largement évoqué le volet capacitaire, mais je veux rappeler, pour conclure, que l’avenir des FAS est d’abord lié à celui des femmes et des hommes de l’armée de l’air, et à l’attractivité du métier des armes.

Pour nous contacter :

Permanence parlementaire - 28 Boulevard Gambetta - 29200 Brest

Tél. : 02 29 63 86 68 - Courriel : jean-charles.larsonneur@assemblee-nationale.fr

Assemblée Nationale - 126 rue de l'Université - 75355 Paris 07 SP

Tél. : 01 40 63 74 05

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