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IFRI - Séminaire sur la coopération industrielle franco-allemande

Mardi 26 mars, Jean-Charles Larsonneur intervenait lors d'un séminaire de l’IFRI (Institut français des relations internationales) organisé par le Comité d’études des relations franco-allemande (Cerfa) en partenariat avec la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP) au sujet de la coopération industrielle franco-allemande aux côtés du président de la commission de la défense nationale et des forces armées Jean-Jacques Bridey et de la présidente de la commission des affaires européennes Sabine Thillaye. La solidarité actée à Aix-la-Chapelle entre la France et l’Allemagne est unique en son genre et vient conjurer des années de division. La défense européenne sera donc un axe fort de la campagne pour les élections au parlement européen du 26 mai.



Texte de l'intervention de Jean-Charles Larsonneur :

Je suis heureux de participer à ce séminaire sur les coopérations industrielles franco-allemandes. C’est un grand honneur de partager avec vous, experts reconnus de la défense, mon diagnostic sur nos partenariats industriels.


L’année précédente a été celle de l’éveil des consciences… Nous avons inscrit l’Europe de la défense dans la durée en initiant une phase de réinvestissement de part et d’autre du Rhin qui nous ouvre des perspectives nouvelles. A cet égard, la signature du protocole d’accord entre la France, l’Allemagne et l’Espagne concernant le système de combat aérien européen constitue un événement historique.

En effet, au-delà des aspects industriels, ce qui est en jeu, c’est bien notre autonomie d’appréciation et d’action ainsi que notre capacité à assumer indépendamment des opérations aériennes de haute intensité. C’est aussi l’opportunité pour l’Europe de prendre le leadership dans le domaine de l’aéronautique de combat. Avant même les Etats-Unis, actuellement confrontés aux difficultés du F-35, nous pourrions mettre ensemble sur le marché le premier système de combat de sixième génération. En industrie, comme dans le cyclisme sur piste, je relève que la meilleure position peut parfois être celle du second…

Alors je peux comprendre les réticences de certains quant aux programmes multinationaux. Certains ont connu des difficultés, et le président Jean-Jacques Bridey les a fort bien illustrés, mais il serait tout aussi hasardeux de penser que la coopération serait une erreur. Des programmes communs comme le MILAN, le TRANSALL ou l’ALPHA JET ont rencontré un certain succès pour peu que les règles et les responsabilités aient été bien établies. Ce qui me semble être le cas pour le système de combat aérien européen et le main ground combat system.


Que nous enseigne l’expérience des programmes passées ? Le préalable à toute coopération est la convergence du besoin opérationnel en évitant l’écueil des spécifications différentes.

A titre d’exemple, le NH 90 existe en 22 versions et 60 standards et le Tigre dans 5 versions au profit de quatre pays clients… Permettez-moi de regretter que nous ayons échoué à nous coordonner sur le développement du standard 3 du Tigre. Sur ces équipements, on relève que les réussites technologiques ne suffisent donc pas au succès des programmes…


En outre, le choix des maîtres d’œuvre s’est trop souvent fondé uniquement sur des critères politiques et la volonté du « juste-retour géographique » a suscité des montages industriels complexes, au détriment de l’efficacité économique. Comment expliquer que l’aile droite de l’Eurofighter soit produite en Espagne tandis que la gauche le soit en Italie ?

Dans le programme A 400 M, Airbus s’est vu imposer par les États participants, de travailler avec un consortium de motoristes dont la plupart n’avait aucune expérience.

Enfin, les commandes étatiques n’ont pas toujours été tenues : elles ont soit été réduites soit artificiellement gonflées : initialement, 427 Tigre devaient être commandés, la cible a été réduite à 185…

Un exemple à suivre pourrait être celui de l’industrie missilière, largement intégrée à l’échelle européenne. Elle s’est appuyée sur la volonté conjuguée et continue de la France et du Royaume-Uni. Le lancement du programme SCALP EG / STORM SHADOW a initié une consolidation industrielle qui a donné naissance à MBD. Puis, cette coopération s’est ouverte pour développer les missiles ASTER avec l’Italie ; MBD devenant MBDA. Demain, le METEOR puis, espérons-le, le futur missile anti navire seront des succès commerciaux.


Les défis de développement qui attendent nos programmes sont donc à la mesure des attentes que nous plaçons en eux. Pour les mener à bien, je conclurai par quelques prérequis:

  • L’élaboration d’un cadre de coopération qui lie les Etats dans la durée. Lancaster House représente l’idéal-type d’un engagement stable et durable ;

  • Des partenariats pérennes et équilibrés qui se fondent sur une interdépendance acceptée ;

  • Une convergence du besoin opérationnel qui se concrétise autant que possible par des spécifications communes ; pour le système de combat aérien, les prérequis devront être validés rapidement par un démonstrateur ;

  • Une convergence du calendrier de renouvellement des capacités opérationnelles;

  • Une maîtrise d’ouvrage identifiée et unique, des maîtres d’œuvres légitimes choisis sur la base de leurs compétences réelles et non sur des considérations politiques avec en ligne de mire la performance économique;

  • Et bien sûr, un accord sur l’exportation des matériels au-delà de l’OTAN et de l’Union européenne sans quoi nos projets seront fatalement voués à l’échec. …

Nous sommes au début d’une belle aventure commune. Avec nos programmes communs, nous ne serons plus tributaires d’états tiers pour notre défense. L’urgence est donc de lancer les études communes et que les bureaux d’études transcrivent les spécifications en capacités réelles. La tâche est immense mais elle est exaltante.