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"L'industrie de défense : pourvoyeuse d'autonomie stratégique en Europe? "

Dernière mise à jour : 23 mai




Après 6 mois de travail avec mon collègue, Jean-Louis Thiériot , notre rapport sur « l’industrie de défense : pourvoyeuse d’autonomie stratégique en Europe ? » est publié sur le site de l'Assemblée nationale (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion_def/l16b2625_rapport-information).


Tout d’abord, un constat, alarmant.


 => L’Europe a trop longtemps vécu sur les « dividendes de la paix » et a très largement sous-investi dans son industrie de défense, alors que ses concurrents se réarmaient massivement (+600% de dépenses de défense pour la Chine entre 1999 et 2021, + 300% pour la Russie, +20% pour l’Europe…).

Ce sous-investissement a un prix : notre incapacité à assumer la sécurité collective de notre continent ; notre soutien erratique à l’Ukraine en est une preuve douloureuse.


=> Il n’existe pas Une industrie de défense européenne mais des industries de défense en Europe. Cette fragmentation se caractérise par plusieurs aspects :

  •  Les champions européens n’atteignent pas une masse suffisamment critique pour résister à la concurrence étrangère, notamment américaine ;

  •  On observe une forte duplication des systèmes d’armement en Europe : l’Europe compte près de 180 types d’équipements militaires majeures contre 30 pour les Etats-Unis. Nos investissements, en plus d’être inférieurs à ceux des États-Unis, sont donc dispersés dans de multiples plateformes ;

  • Les modèles de BITD (Base industrielle et technologique de défense) nationaux en Europe sont hétérogènes et répondent à des logiques différentes : quand la France s’attache à un modèle pourvoyeur d’autonomie stratégique, le Royaume-Uni ou l’Allemagne adopte une vision davantage économique que stratégique.


=> Troisième faiblesse structurelle de l’industrie de défense : son sous-financement, notamment des PME-ETI. Le financement des PME-ETI de défense souffre de la réticence très forte des investisseurs institutionnels, qui invoquent à la fois le risque en termes de réputation et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Une étude de la Commission souligne que deux-tiers des PME-ETI de défense connaissent des difficultés pour se financer en capital et 50% des difficultés de financements bancaires, contre 6,6% des PME en moyenne en Europe.


=> Enfin, une dernière faiblesse identifiée de l’industrie de défense en Europe réside dans sa dépendance aux pays tiers pour ses approvisionnements stratégiques et dans son exposition aux menaces hybrides. L’exploitation de ces dépendances est devenue une véritable arme dans les mains de nos compétiteurs.


Ce rapport insiste également sur deux conséquences majeures de la guerre en Ukraine pour l’industrie de défense en Europe : le renforcement de notre dépendance aux pays tiers, en premier lieu aux Etats-Unis et l’implication croissante de l’Union Européenne dans la politique industrielle de défense.



Pour répondre à ces faiblesses, nous avons formulé plusieurs propositions :


*Lever les obstacles aux coopérations industrielles et soutenir les consolidations industrielles ;


*Faire de l’industrie de défense un secteur prioritaire pour nos financements publics et privés et promouvoir de nouveaux financements au niveau européen ;

 

*Assumer une réelle préférence européenne via un véritable Buy European Act ;


*Tester un mécanisme de « commandes surnuméraires » destinées à l’export : il s’agirait, pour certains segments à fortes perspectives d’exportation, de commander davantage que ce qui est prévu pour nos propres armées afin de pouvoir livrer très rapidement à l’export ;


*Développer et diversifier nos partenariats au sein de l’Europe

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