Quel rôle pour la dissuasion nucléaire dans un monde multipolaire ?


Crédit photo Naval Group

Le 27 mai, sous la présidence du VAE Jean-Louis Lozier, préfet maritime de l'Atlantique, l'ENSTA Bretagne et l'École navale organisaient une conférence à destination de tous ceux qui travaillent en relation avec le ministère des Armées et les industries de défense.


Messieurs Nicolas Roche, directeur des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement du ministère des Affaires Etrangères et Guillaume Schlumberger, directeur stratégie de défense, prospective et contre-prolifération, de la Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie (DGRIS) sont intervenus sur le "rôle de la dissuasion nucléaire dans un monde multipolaire ?". Ci-dessous le discours prononcé par Jean-Charles Larsonneur en clôture de cette conférence.


Amiral,

Monsieur le directeur,

Chers amis, Chers étudiants,

Vous connaissez mon attachement à votre école et mon intérêt pour ces questions. Les échanges ont été nourris et instructifs. C’est donc un plaisir de clore cette conférence d’autant plus que je crois savoir que ma prédécesseur, Patricia Adam, s’est déjà pliée à cet exercice.


Avant toute chose, je voudrais saluer M. Nicolas Roche, appelé à de très hautes responsabilités. Je ne doute pas que nous serons amenés à le recroiser.


Il y a 60 ans, nos ingénieurs ont démontré l’excellence de la formation universitaire française en offrant à la France sa puissance nucléaire souveraine. Depuis lors, elle est devenue l’élément principal de notre stratégie militaire. Ce choix politique a été assumé par tous les présidents et tous les gouvernements de la Ve République, et par le Parlement au travers du vote des lois de programmation militaire et du vote annuel des crédits de la mission défense en lois de finances.


D’aucuns lui ont même prêté des vertus magiques. Négociant la paix en Indochine, le président du Conseil Pierre Mendès France aurait déclaré « ah si j’avais eu la bombe, je n’aurais pas eu toutes ces couleuvres à avaler … ». Mais après le premier essai nucléaire français, Gerboise bleue, les gouvernements successifs se sont au moins accordés sur le fait qu’a minima cette arme serait la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance nationale.

Plus jamais, la France ne connaîtrait l’humiliation de l’occupation.

La dissuasion est aussi la représentation de la puissance et du pouvoir suprême. Le 24 juillet 1981, dans un contexte de guerre en Afghanistan, le président de la République François Mitterrand, nouvellement élu, est en quête de crédibilité internationale. C’est à l’île-longue qu’il vient la rechercher en se faisant présenter l’équipage bleu du Terrible (celui de la classe Le Redoutable) puis en développant sa stratégie de défense nationale. En juillet 2017, dans un contexte différent, le président de la République Emmanuel Macron embarquera avec l’équipage bleu du Terrible. Avant lui, seuls Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, et François Hollande, en 2012, avaient embarqué à bord d'un sous-marin nucléaire.


Si l’équipage et le bâtiment ont changé, la symbolique demeure la même : la dissuasion nucléaire matérialise le pouvoir du chef des armées.

Alors je sais qu’il y a eu des débats et ils sont légitimes en démocratie.

Dans un contexte de la course aux armements, Raymond Aron s’est inquiété de la « menace constante de l’holocauste » dans le contexte de la guerre froide. Mais l’équilibre de la terreur ou la transposition de l’équilibre de Nash en géostratégie, a contenu l’opposition des deux blocs. Ce status quo ne peut être rompu sous peine d’annihilation.


La complémentarité des deux composantes est régulièrement interrogée. Chaque année, je dois repousser des amendements « insoumis » supprimant la composante aérienne. Pourtant, ce sont les deux faces d’une même pièce qui nous confère une liberté d'action en toutes circonstances, dans un contexte international qui n'autorise aucune faiblesse. La force océanique, dont l’île Longue est le temple, nous protège de toute surprise stratégique, et la composante aérienne, par sa démonstrativité, autorise le dialogue de dissuasion.


Vous l’aurez compris, la dissuasion fait partie de notre histoire mais le monde de demain sera aussi nucléaire. L’actualité, comme l’histoire nous montrent que la sécurité et la stabilité de nos sociétés ne sont pas des acquis. Les retraits américain et russe du traité FNI le démontrent. Dans ce cadre, le renouvellement de nos capacités dans la décennie à venir, va nous assurer un statut de grande puissance. En tant que futurs ingénieurs vous le savez mieux que quiconque, les investissements sont importants et s’inscrivent dans la durée. Toute rupture, toute perte de capacités opérationnelles, intellectuelles militaires engendre des effets de seuils difficilement rattrapables. Le gouvernement, comme le parlement en ont conscience.


La crédibilité et le consensus de la dissuasion ne se décrètent pas mais se construisent dans la durée. Cela implique des efforts financiers, humains et technologiques, mais aussi des efforts politiques, pour soutenir des programmes complexes dans des délais exigeants.

Nous aurons donc besoin de toutes les forces de la nation

Pour nous contacter :

Permanence parlementaire - 28 Boulevard Gambetta - 29200 Brest

Tél. : 02 29 63 86 68 - Courriel : jean-charles.larsonneur@assemblee-nationale.fr

Assemblée Nationale - 126 rue de l'Université - 75355 Paris 07 SP

Tél. : 01 40 63 74 05

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