Pour nous contacter :

Permanence parlementaire - 28 Boulevard Gambetta - 29200 Brest

Tél. : 02 29 63 86 68 - Courriel : jean-charles.larsonneur@assemblee-nationale.fr

Assemblée Nationale - 126 rue de l'Université - 75355 Paris 07 SP

Tél. : 01 40 63 74 05

  • Facebook - White Circle
  • Twitter - White Circle
  • LinkedIn - White Circle
LOGOCOUL.jpg

Université d'été de la Défense 2019

Updated: Oct 4, 2019

La 17e édition de l’Université d’été de la Défense (UED) 2019 s'est déroulée les jeudi 12 et vendredi 13 septembre sur la base aérienne d’Avord (BA 702) et au centre de formation défense de Bourges. Ce rendez-vous incontournable de la rentrée des acteurs de la Défense avait pour thématique « Les mutations de la guerre ».


Plus de 500 décideurs politiques nationaux et internationaux, hautes autorités militaires, parlementaires et acteurs de l’industrie se sont retrouvés pour participer à cet événement qui offre à la communauté défense un cadre propice au dialogue et à la réflexion sur les défis actuels et futurs du secteur.


Organisé avec le soutien du ministère des Armées et la participation des commissions de la Défense nationale de l’Assemblée nationale et du Sénat, l’UED 2019 a traité des enjeux clés de la Défense sous l’angle des problématiques économique et géostratégique, dans un contexte associant la réponse aux urgences opérationnelles et la préparation des outils futurs qui armeront nos forces armées.


Jean-Charles Larsonneur, ici aux côtés de M. Eric Trappier, PDG de Dassault et de M. Dirk Hoke, PDG de Airbus Defence and Space, est intervenu sur le sujet de l'avenir de l'aéronautique de combat.


Il également répondu, aux côtés de Michel Cabirol, journaliste à la Tribune, à la question "Au regard des investissements consentis par les grandes puissances pour la maîtrise des espaces communs, quel rôle et quelles capacités pour la France dans ces domaines ?"


Table ronde - Texte de l'intervention de JC Larsonneur


Chers universitaires,

Je suis très honoré de participer à cette table ronde qui est l’occasion de faire un point de situation sur l’évolution de l’aéronautique militaire. C’est d’autant plus nécessaire que les annonces se sont multipliées ces derniers temps. Je vais développer trois idées forces au cours de cette intervention.


En premier lieu, 2040 c’est demain. La France est un des rares pays au monde à pouvoir produire un avion de combat de bout en bout. L’expérience du Rafale nous enseigne que le calendrier du SCAF est assez serré. Avant d’être mis en service en 2002, le démonstrateur du Rafale a volé pour la première fois en 1986. C’est aujourd’hui que les travaux de R&T doivent être lancés et notamment un démonstrateur dès 2026.


Deuxièmement, les financements sont au rendez-vous et le programme est sur de bons rails. Vous le savez, ce sont les études amont (les programmes d’études amont, PEA) qui fixent une feuille de route pour les développements technologiques. Pourquoi ces PEA sont essentiels ? Parce que des technologies sont arrivées à un certain niveau de maturité technologique pour permettre des retombées opérationnelles. Des technologies dans l’intelligence artificielle, le big data, l’impression 3D, les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité seront intégrées au SCAF. Cela suppose un budget. Cette année, le budget des PEA a augmenté de 144 millions d’euros en autorisation d’engagement pour atteindre un montant de 919 millions. Cette nouvelle politique ambitieuse de soutien à l’innovation est inscrite en loi de programmation militaire avec une augmentation progressive des crédits affectés aux PEA ; en 2022, ils franchiront le seuil du milliard d’euros. Il nous appartient à nous, députés, par un contrôle parlementaire minutieux, de s’assurer que les orientations définies en LPM se matérialisent par des crédits dans chaque projet de loi de finances.


Cette année, ces crédits ont permis le lancement des études technico-opérationnelles. Le 31 janvier, a été notifié à Dassault et Airbus, le contrat d’architecture et de concepts pour un montant de 65 millions d’euros. Dans le domaine de la motorisation, le PEA Turenne, d’un montant de 115 millions d’euros vise à élever la température dans les parties chaudes des réacteurs, de 150 degrés en 2024 (pour le M 88 du Rafale) et de 100 degrés supplémentaires dans le SCAF.


Un mot sur la coopération pour conclure. L’approche française d’une coopération autour d’un noyau resserré est la bonne parce qu’elle a facilité le partage des responsabilités, la convergence des besoins, l’attribution de la maîtrise d’ouvrage et d’œuvre.

La première étape a donc été la signature du High Level Common Operational Requirement Document (HL CORD) entre les chefs d’Etat-major des trois pays pour l’harmonisation des besoins. Sur le volet industriel, l’intérêt de chaque nation doit bien évidemment être pris en compte en soulignant que la maîtrise d’ouvrage est française : la contractualisation avec les industriels est du ressort de la seule DGA au nom de l’ensemble des Etats partenaires. Dans les consortiums, les industriels espagnols devront trouver leur place sur la base de leurs compétences comme c’est déjà le cas pour Indra. Par la suite, dans le pilotage du programme, il faudra aussi définir les responsabilités incombant aux Etats et aux industriels s’agissant de la certification, la navigabilité etc.


Enfin, la viabilité du projet repose sur son exportabilité. Un accord doit naturellement être trouvé avec nos partenaires dans la lignée du traité d’Aix-la-Chapelle.

Voilà, de façon succincte, quelques pistes de réflexion. Je me tiens prêt à répondre à vos questions.



Texte de Intervention de JC Larsonneur


Chers universitaires,


Je suis très heureux d’être présent parmi vous à l’occasion de la traditionnelle université d’été de la défense. Le thème choisi cette année nous invite à nous interroger sur notre faculté d’adaptation aux mutations de la guerre. C’est en effet indispensable de prendre « le changement par la main avant qu’il ne nous prenne à la gorge » pour paraphraser Winston Churchill. A cet égard, les années 2018 et 2019 ont été le théâtre d’évolutions majeures : nous avons créé un commandement de la cyberdéfense, un commandement de l’espace rattaché à l’armée de l’air et élaboré une doctrine pour le cyber et une stratégie pour l’espace.

Je vais dresser un rapide panorama des menaces. En haut du spectre, nous avons les Etats qui ont très largement augmenté leurs investissements de défense pour se doter de capacités militaires en nombre et de savoir-faire de très haut niveau.


Plus que jamais, l’aviation de combat se retrouve au centre d’une compétition stratégique et technologique. Les programmes d’avions de cinquième génération se multiplient et connaissent des fortunes diverses. Le programme F-35 rencontre de graves difficultés du fait de défaillances structurelles et encore non résolues. On estime le coût de ses soixante années de service à 1 000 milliards de dollars pour le contribuable américain... De son côté, la Russie fait face à une crise budgétaire de sorte que son SU-57 ne sera pas produit en masse. D’autres pays comme la Corée du Sud, la Turquie, l’Inde et le Japon ont manifesté leur intention de développer également leur avion… Dans ce contexte, la France a pris le « lead » sur la sixième génération avec le SCAF devant même les États-Unis qui ne lanceront leur programme Penetrating Counter Air (PCA) qu’à la fin de l’année, et le Royaume-Uni avec leur Tempest.


Aux grandes puissances, s’ajoutent d’autres du second rang qui mettent en œuvre des bulles d’interdiction ou des stratégies de déni d’accès, mettant un terme au « confort opératif » des armées occidentales.


Système sol-air, et antinavires, mines sous-marines, missiles de croisière et balistiques sol-sol, capacités de guerre électronique compromettent notre liberté d’action dans tous les milieux : terre, mer, air, cyber, espace. Ces systèmes prolifèrent et leur performance croit avec la numérisation et la mise en réseau de capteurs et d’effecteurs.


Dans l’espace, les ambitions nationales se font plus fortes et notre maîtrise est contestée. De nombreux pays ont compris l’intérêt d’un accès indépendant à l’espace suscitant une militarisation et une arsenalisation de l’espace. En l’espèce, je rappelle que le traité de 1967 n’interdit que les armes de destruction massive en orbite et ouvre la voie aux armes conventionnelles. Plusieurs Etats (Chine, Inde récemment) ont démontré leur capacité de destruction de satellites.


Venons-en aux capacités françaises.


Les forces aériennes stratégiques au cours de l’opération Hamilton ont démontré que les systèmes russes ne forment pas une barrière infranchissable (bien que redoutable). Le couple Rafale-missile de croisière a prouvé son efficacité et justifie de continuer à investir dans ces capacités. Le spectre d’un conflit de haute intensité nous incite à maintenir nos investissements dans les deux composantes de la dissuasion.


Pour conserver la suprématie, la France a fait le choix du combat collaboratif. La marine va intégrer le SCAF et l’armée de terre suivra. En développant une approche holistique du champ de bataille, nous compenserons la « perte de la masse », nous gagnerons en réactivité et en efficacité. Dans le domaine aérien, la première brique sera le standard F4 du Rafale à l’horizon 2025. Pour le SCAF, la France investit dans les armes subsoniques, supersoniques et à énergie dirigée. Les munitions, comme les « remote carriers », devront être en capacité d’interagir entre elles. Les capacités de navigation doivent aussi être renforcées pour se soustraire au brouillage GPS.


Dans le domaine maritime, les systèmes téléopérées et autonomes seront plus nombreux. Du drone MALE assistant un avion de patrouille maritime (comme c’est le cas pour le couple Poséidon-Triton dans l’US Navy) au drone à voilure tournante embarqué sur les bâtiments de la marine nationale, ces systèmes compenseront également « la perte de la masse ». Dans la guerre des mines, les drones sous-marins permettront également de maintenir la crédibilité de la dissuasion française.


Dans le domaine spatial, 3,6 milliards d’euros sont prévus durant la programmation militaire auxquels s’ajoutent 700 millions annoncés par la Ministre en juillet. L’ensemble de nos moyens spatiaux militaires va être renouvelé. La constellation de satellites CERES nous ouvre des possibilités inédites sur la quasi-totalité du globe terrestre, et donc des théâtres sur lesquels nous sommes aujourd’hui aveugles. Pour protéger nos satellites, des nanosatellites et des lasers « de découragement » seront employés.


Dans le domaine cyber enfin, le ministère s’est dotée d’une force de 3 000 combattants numériques dont les effectifs doivent augmenter de 1 123 personnels jusqu’en 2025. Le budget passera de 500 millions à 1,6 milliards.


Voilà en quelques mots, et de manière forcément incomplète, quelques pistes de réflexion. J’aurais voulu aussi mentionner les trous capacitaires notamment dans la guerre électronique offensive mais notre débat permettra sans doute d’approfondir certains sujets !

Je vous remercie.